Texte I

VOLTE/FACE

 

     La peinture est généralement reconnue au tableau : support plat (toile, mur, etc.) d’où une certaine platitude dirons nous. Néanmoins, pour moi le travail de la peinture hors du champ du tableau m’importe. J’ai donc orienté ma production vers le volume peint d’où la difficulté de mon inscription dans le cercle recommandable des peintres ou des sculpteurs.
Quant aux installations cela fait salle de bain et c’est académique. Je me suis
débarrassé de ces contingences modales pour appliquer une rigueur toute relative d’ailleurs. L’autre écueil était le monde objectal qui depuis un certain temps fait florès. Le tout dans une ambiance académisante où la sophistication devient parfois la maîtresse. Il reste à savoir que la notion d’espace me paraît être une orientation possible en tous les cas c’est ma décision depuis longtemps, le hasard a fait que j’y ai trouvé des adeptes et non des moindres aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis et sans doute dans le monde. Espace de délivrance, espace mental, espace sidéral, espace onirique, espace clinique que je prends en charge dans mon travail. Je veux
dire l’espace réel.


   Qu’est-ce? Déjà cette interrogation introduit un doute, il est évident que ce
doute est porteur de création mais comment .Cela fait sourire cette tension il y a du désir de peindre chez moi.
Je prends du mur l’espace qui m’est imparti la ressemblance n’est pas de
mise. Je compose donc la mise en scène non pas au sens théâtral du terme mais dans le dévoilement. Laissons là les termes pour l’instant et revenons sur le propos plastique. Je me souviens d’avoir commencer de petites structures à New-York en 1979 à cette époque mes interlocuteurs de n’avaient pas prêter attention à ma démarche j’ai donc repris ce travail avec bonheur depuis quelques années.
    Ainsi je coupe des tasseaux de différentes dimensions à la scie à ruban, d’une manière aléatoire en angles imprévus en quelque sorte une écriture automatique. Je les assemble de la manière la plus simple : le tout venant. Ensuite je les peins en couches successives de rouge, d’ocre de bleu, le vernis étant introduit dés la première couche, le tout tirant vers le sombre dans un désordre riche et somptueux.

    La fin étant proche, ces structures sont à cet instant à l’abandon, posées, elles sont inertes et non d’autres fonctions que la fabrication ; rien n’est dit.
J’en prend distance et commence à composer au mur au sol, en coin à l’intérieur à l’extérieur, en fin on joue on se surprend à horizontal à la verticale, c’est dans cet accrochage que l’oeuvre se crée. C’était un secret !
Ce qui en découle c’est l’ interrogation de l’espace ou mieux encore l’interrogation de la peinture sur ou dans cet espace. Du fait du volume, la densité picturale est allégée, elle est subvertit à l’espace du mur ou de la salle d’exposition en fait du lieu. Je m’aperçois qu’il peut y avoir débordement d’un mur à un autre, d’une salle à une autre; une juxtaposition une transition, une transposition
On peut considérer l’envers de l’endroit à l’intérieur même du processus.

    Les structures en elles mêmes n’ont pas de sens; c’est au moment de les accrochées ou de les posées qu’elles trouvent leur mode, j’allais dire de vie.
Je continue la mise en œuvre, peut-être de l’ordre de l’intérieur, espace clos, à l’extérieur, espace ouvert ; déontologie du regard. Rhétorique du volume peint. Je revendique le mot peinture au sens classique du terme, hors du champ du tableau.
Quant ça c’est dit notre application est de créer une nouvelle voie. J’ai
découvert, que dans le ”n’importe” se trouve une partie de la solution, ainsi
lorsque j’assemble d’une manière absolue je découvre un univers onirique qui déplace le champ de la compréhension et surtout le champ de l’explication.
    Je me suis aperçu que ces petites structures font rêver et que le lecteur ou le spectateur peut aller ou bon lui semble dans son interprétation : c’est bien là le but. La mise en peinture sur le bois introduit des zones de sensualité.
Je reviens sur la manière de peindre : le rouge posé, rouge écarlate mélangé
au vernis: première couche! Mais cela aurait pu être une couche de bleu ou d’ocre jaune sur le bois fraîchement poli, en plusieurs couches successives même en écrivant le texte je mêle, j’emmêle. Alors il reste que c’est au moment de l’accrochage que la décision dépend du maître d’oeuvre. Une quantité raisonnable de petites structures à disposition ; on dispose sur le mur ou sur le sol en ligne en cercle en triangle en tas (sur le sol) à volonté.
     Lorsque l’on change de matériau on modifie le mode d’inscription ainsi la
charge émotionnelle du marbre n’est pas la même que celle du bois coloré. Et dans la même rubrique le marbre blanc n’a pas le même impact que le marbre noir, au niveau de la lumière.Le poids aussi intervient dans la présentation. Ceci pour donner à voir les dérives de la matière subordonnée à la vision artistique et au combat que l’on doit mener contre l’effet et sa conséquence : l’illusion, hélas!

    J’essaye de me maintenir à ce niveau d’abstinence si proche de la jouissance.
Que je me fasse bien comprendre je ne me laisse pas aller quand je dis que c’est
dans le n’importe quoi que je crée, dans mon esprit si il y a esprit…
C’est que l’art ne se fait pas avec une idée, mais en se faisant se fait.
A Immanence, ce qui apparaît à la réalité c’est le blanc immaculé, bon on ne
va pas remonter jusqu’à la conception. Je vais revenir sur la transposition relevée un peu plus haut.

    La transposition est un atout dans mon travail car il permet de subvertir sans arrêt l’espace environnant : concept d’une modernité incroyable car tout
découlera de cela dans l’application raisonnée de ce que l’on peut appeler l’art plastique en regard des oeuvres de l’imagerie, des objets et des fétichismes ambiants reconnaissables par leur modes d’approches voisins de la publicité et des techniques de communications dérisoires et vite démodées.

Pour l’exposition volte/face présentée au Musée de Serignan en 2005 et à Pommery Reims en 2007.

Beaux- Arts Magazine spécial juin 2007

 

Texte II

POUTRE COLORÉE

 

    J’ai décidé de poser la couleur rouge en stries séquentielles qui se déperdait dans le bois naturel, comme une pulsion, en fait ce qui m’intéressait à l’époque c’était le rapport à l’espace que j’avais intégré en regardant les constructivistes Russes et les minimalistes Américains.

     Je n’ai pour l’instant trouvé dans mes lectures, de théoriciens ou d’historiens de l’art qui évoquent cette découverte, on se perd toujours dans le sujet alors que c’est la plastique qui devrait être le propos. Cette orientation méthodologique aura été le but de ma recherche jusqu’à l’heure actuelle. Ainsi je m’aperçois que les prémonitions intuitives que j’avais à l’époque se révèlent et mûrissent avec mes nouvelles présentations, la dernière en date sera l’exposition à “Immanence” à Paris en 2014.
On se remémore, de cette poutre de 4m sectionnée en deux morceaux, l’un de 3m, l’autre de 1m.Elle était posée au sol, elle prenait l’espace du sol comme une étendue. En tant que volume elle subvertit la notion de verticalité, (chère à nos sculpteurs traditionalistes), de socle…. Mais elle introduisait la couleur ce qui l’a ramenée dans le champ de la peinture d’où la difficulté pour la critique de l’époque de la nommer et par le fait même de m’intégrer dans une quelconque catégorie, inutile de dire en passant que le chemin fut long pour la reconnaissance de ce travail qui se situe justement entre la peinture et la sculpture.
    D’ou la nécessité de rechercher un nouveau vocabulaire loin du tableau peint, de la sculpture, de l’installation (toujours “salle de bain”) de la performance :
catégories académisantes et déprimantes.

On peut parler de volume peint dans l’espace en toute douceur et légèreté et
cela dans une continuité que l’on perçoit rétrospectivement.

 

Texte III

“JAMBAGES”

La connaissance ne passe pas par les jambes !
Cependant les jambages aiment…
Le Jambage du « m » introduit l’amour,
Le jambage du « n » n’introduit pas la haine.
La périphérie sémiotique, travaille la langue.
Le fantasme ne cède pas à la distraction.
La jambe n’est qu’un signe dans la langue.
La multitude crée l’espace !
La majorité appartient au jeu, le je…
Reprendre donc le jeu pour étudier l’aspect ludique de la pièce.
J’ai trouvé ces formes dans la nature des arbres et je m’y suis conformé en les
retournant comme les cornes du taureau égyptien l’énergique taureau égyptien qui
est devenu le « A » de notre alphabet.
Comme le bréchet de mon canard qui est devenu la corne du taureau dans «
tauromachérie » petit film entre les cuisses d’une femme je fais évoluer un taureau
en terre.
Je travaillais sur l’énergie aussi dans mes cuisses arboristes. Je reprends
l’anthropomorphisme et je le retourne. J’introduis donc un double sens ; un langage
muet. Cette succession de signes apporte un soutien à ma démarche. Il est curieux
que je passe d’un bréchet de canard aux fourches des arbres.

Pour le catalogue Exposition Galerie Verney-Carron (Villeurbanne2004),
à propos des « Jambages. »

 

Texte IV

LE LIT ROUGE


    Le lit rouge est un hommage à Delacroix La mort de Sardanapale ; tableau
qui m’a captivé quand j’avais 13 ans.
A cette époque, j’ai pris conscience de ce que pouvait être la notion de format et de
proportion pour ne pas dire dimension.
Au Havre, je regardais chez ma grande soeur bien aimée, des livres d’art
qu’elle me prêtait dans le silence d’une grande maison et j’étais fasciné par
Delacroix.
Je voyais donc les reproductions au format du livre….. Lorsque je me rendis à Paris
je me précipitai au Louvre et fut littéralement choqué par la dimension des
tableaux en particulier ce splendide Sardanapale, c’est dans cette prise de conscience que je décidai par la suite dans faire l’analyse quelques années plus tard lors de mes études d’art. La construction du tableau par les lignes de force, la couleur et son rôle dans la composition, la lumière. Etudes qui m’ont beaucoup servi et dont j’ai fait part dans de nombreuses conférences dans mes années de jeunesse……
Ce qui m’a intéressé par la suite c’est ce que j’ai arraché à ce tableau pour l’amener
dans le champ de la modernité c’est à dire la mienne,dans mon investigation.
Il est évident que toutes les découvertes que Delacroix exploitent avec génie se
passent à l’intérieur du tableau.Il faut attendre quelques années plus tard pour qu’on s’interroge sur l’espace hors des normes , avec Monet et Picasso.
Loin de moi de donner une explication qui semblerait professorale. Mon
propos est de faire prendre conscience de notions modernes que je me fait un plaisir d’appliquer dans mon art. Ce qui m’a préoccupé pour cette oeuvre que j’ai intitulé Le lit rouge, c’est la notion d’étendue. La plage de couleur dans la mort de Sardanapale n’est pas seulement un élément iconographique,symbolique et plastique, il est pour moi le lieu de la peinture (je le martèle) à l’intérieur du tableau. Bien que Delacroix soit dans le sujet, il a eu l’intuition de mettre en perspective cette force vitale.
C’est en ce sens que je me suis appliqué à créer un objet le lit rouge d’une part pour
ironiser sur l’objet vu la grandeur 6 m 2 et d’autre part pour signaler ce que j’entendais par l’étendue. J’avais en 1977 présenté une oeuvre à l’ARC, Musée d’art moderne de la ville de Paris, un plancher de bois naturel qui recouvrait des poutres de couleurs. La surface de 25m 2 évoquait la notion d’étendue, à ce propos Eric Fabre mon galeriste bien connu m’avait suggérer de couvrir d’avantage de surface dans le musée, je lui avait répondu qu’en aucun cas je cherchais l’exploit provocateur qui est pour moi en général une forme académique nouvelle à proscrire, car elle détourne l’attention du lecteur dans des zones troubles. L’art ne se faisant pas avec une idée ; ce qui m’intéressait c’était d’introduire à mon niveau “l’étendue” comme mode opératoire d’une création possible. Je m’appuyais sur les étendues de couleur de Matisse reprises avec majesté par Newman et Rothko. (c’est aussi l’année de ma rencontre avec Tony Smith en 1977 à South Orange.)
Après avoir compris que la sculpture était sortie de la verticalité avec Carl
Andre, j’avais introduit la couleur sur cette poutre colorée en 1973, car j’étais en
même temps fasciné par la couleur ce qui a rendu complexe mon travail.
La couleur non pas en aplat comme chez les constructivistes ou les minimalistes,
mais dans le rôle signifiant du geste, c’est ainsi que les montants et les piliers du lit
rouge sont marqués par ma main avec l’outillage adéquat, gouges, pinceaux.
L’étendue était le deuxième paramètre que j’introduisais dans mon travail, la couleur était subordonnée au volume.Après des efforts incessants pour essayer de
conceptualiser cette inscription, je décidai à partir de cette date de me consacrer au
rapport de la couleur avec le volume et ceci hors du champ du tableau.
A l’heure actuelle les “Structures” commencées dés 1979 à New-York dans
l’incompréhension de mon entourage professionnel et les “Jambages” qui dans leur
dimensions permettent de composer des représentations suggestives en relation avec l’espace réel et de jouer d’une manière légère avec des éléments plastiques : tel que le dessin dans l’espace.
Ce changement continuel dans la représentation aboutit à des investigations
qui se renouvellent dans le moment de sa mise en place.

Sur le « Lit Rouge » de 1982 exposée Galerie Eric Fabre, à Paris en 1983.